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Le joueur de flûte de Hamelin

 

 Hamelin

En l'année 1284, en la ville d'Hamelin vint un joueur de flûte : un dératiseur. En ce temps là, la ville était envahie par les rats et les habitants mouraient de faim. Le maire de Hamelin promit au joueur de flûte une prime de mille écus pour les débarrasser des rats qui infestaient la ville. L'homme prit sa flûte et attira, par sa musique, les rats qui le suivirent jusqu'à la rivière Weser qui arrose la ville, où ils se noyèrent. Bien que la ville fût ainsi libérée des rongeurs, les habitants revinrent sur leur promesse et refusèrent de payer le joueur de flûte en le chassant à coup de pierres.
Il quitta la ville, mais revint quelques semaines plus tard. Lorsqu'il y eut une nuit paisible, il joua de nouveau de sa flûte, attirant cette fois les enfants de Hamelin. Cent trente garçons et filles le suivirent hors de la ville jusqu'à une grotte qui se referma derrière eux. Selon certaines versions, le joueur de flûte aurait aussi emmené les enfants de Hamelin à la rivière ou au sommet d'une montagne.

Les premières mentions de cette histoire semblent remonter à un vitrail placé dans l'église de Hamelin (Allemagne) aux environs de 1300 et décrit dans différents documents entre le XIVe et le XVIIe siècle, mais détruit peu après. Inspirée des descriptions de l'époque, une reconstruction moderne de ce vitrail a été créée par Hans Dobbertin. Elle inclut notamment une représentation colorée du personnage du joueur de flûte et différents enfants habillés de blanc.
Ce vitrail est généralement considéré comme ayant été créé en mémoire du tragique événement qui serait survenu dans la ville. Mais malgré de nombreuses recherches, on n'a pu trouver d'événement historique auquel rattacher la légende. Voir un lien externe recensant les différentes théories. Cependant, les rats ne font pas partie au départ de la légende. Leurs premières mentions datent de la fin du XVIe siècle. Ils ne figurent pas dans les descriptions précédentes.

Les théories qui se sont vu attribuer une certaine crédibilité peuvent être groupées en quatre catégories :

* Les enfants furent victimes d'un accident, et se trouvèrent noyés dans la Weser, ou furent ensevelis dans un glissement de terrain.
* Des enfants contractèrent une épidémie et furent conduits hors de la ville pour protéger les autres habitants. Une forme de la peste a été suggérée. D'autres attribuent la danse des enfants à une maladie : la chorée de Sydenham (ou Danse de Saint-Guy). Ces théories identifient le joueur de flûte à la personnification de la mort.
* Les enfants quittèrent la ville pour prendre part à un pèlerinage, une campagne militaire, ou une nouvelle croisade d'enfants mais ne retournèrent jamais chez leurs parents. Ces théories présentent le joueur de flûte inconnu comme leur dirigeant ou un recruteur.
* Les enfants voulaient abandonner leurs parents et Hamelin pour créer leur propre village, à l'époque de la colonisation de l'Europe orientale. De nombreux villages et villes furent en effet fondés à cette époque dans l'est de l'Europe, par des colons, notamment allemands, venus de l'Europe occidentale. Ici aussi, le joueur de flûte serait le chef.

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Une autre possibilité est que l'incident soit une réminiscence d'une crise de la Danse de Saint-Guy, ou une tradition de danse superstitieuse, pratiques qui ont été observées dans de nombreuses contrées européennes dans la période de détente générale suivant la Grande peste. La date de 'Verstegan / Browning', 1376, serait cohérente avec cette théorie.
Cependant, la légende liée à l'émigration d'enfants en 1284 est si vieille et si bien attestée que la date ne devrait pas devoir être changée. Les chercheurs considèrent généralement les théories de la quatrième catégorie comme les plus probables. Le joueur de flûte serait donc un recruteur pour la colonisation intervenue au XIIIe siècle, et qui aurait ainsi emmené nombre des plus jeunes habitants de Hamelin aux confins orientaux de l'empire germanique.
Decan Lude, originaire de Hamelin, déclare en 1384 avoir en sa possession un livre de chants contenant un vers en latin donnant le récit d'un témoin oculaire de l'événement. Ce vers aurait été écrit par sa grand-mère. Ce livre de chants est réputé avoir été perdu à la fin du XVIIe siècle.

Les plus vieux écrits mentionnant la légende datent d'environ 1440.
Dans la ville de Hamelin, un usage aurait proscrit de chanter ou jouer de la musique dans une rue particulière de la ville, par respect pour les victimes.En 1556, « De miraculis sui temporis » (texte en latin, À propos des merveilles de son époque) par Jobus Fincelius mentionne la légende. L'auteur identifie le joueur de flûte au diable.retrouvèrent en Transylvanie. Bizarrement, la date du drame est complètement différente de celle donnée plus haut : 22 juillet 1376. Le récit de Verstegan est intégré aux Wonders of the Visible World (1687) de Nathaniel Wanley, la source d'inspiration première du poème bien connu de Robert Browning -En 1803, Johann Wolfgang von Goethe écrit un poème inspiré de la légende. Il met plusieurs références à la légende dans sa version de Faust. La première partie du drame est publiée en 1808 et la seconde en 1832.

Les frères Grimm, Jacob et Wilhelm, incluent un récit de la légende dans leur collection Deutsche Sagen (légendes allemandes), publié pour la première fois en 1816. Ils citent onze sources. Selon leur récit, deux enfants restèrent en arrière, l'un étant aveugle et l'autre boiteux, et aucun des deux ne put suivre le groupe. Les autres se retrouvèrent en Transylvanie (Siebenbürgen en allemand). Prosper Mérimée raconte à son tour la légende en 1829 dans le récit Les Reîtres, premier chapitre des Chronique du règne de Charles IX. En se basant sur la version des Frères Grimm, Robert Browning écrit un poème du même nom qui fut publié pour la première fois en 1849. Il situe l'événement le 22 juillet 1376. Le 19 mars 1879, l'opéra Der Rattenfaenger des Hamelin composé par Victor Ernst Nessler est joué à Leipzig. La légende du joueur de flûte inspire la poétesse russe Marina Tsvetaeva dans son poème The Ratcatcher, publié pour la première fois en 1925. Une chanson d'Hugues Aufray, Le Joueur de pipeau (1966), reprend la même légende. Cependant, dans la chanson la mort des enfants est modifiée. Le joueur de pipeau ne les enferme pas dans une grotte, il les noie dans la rivière pendant la nuit.

Eglise de Goeslar

Le film d'Atom Egoyan de 1997, De beaux lendemains (The Sweet Hereafter), utilise aussi la légende, en particulier la version de Browning, comme parabole. En 1972, le film de Jacques Demy, Le Joueur de flûte, adapte directement le conte. Aux Pays-Bas, une série télévisée à succès dans les années 1970 s'inspire également de la légende : Kunt u mij de weg naar Hamelen vertellen, mijnheer? qui peut se traduire par "Monsieur, pouvez-vous m'indiquer la route vers Hamelin).
Un roman de Terry Pratchett, Le Fabuleux Maurice et ses rongeurs savants, s'inspire de cette légende. Le jeu vidéo Xenosaga Pied Piper s'inscrivant dans la série Xenosaga s'inspire également de cette légende.
Dans la bande dessinée Le Bal du rat mort, un vampire ne pourra maîtriser - un pêcheur lui demandant : "Où est votre flûte ?" - les rats qui envahissent la ville d'Ostende. Dans le dessin animé S.O.S. Fantômes, la légende est reprise : un fantôme déguisé joue de la flûte et emmène les enfants de la ville de New York dans une décharge pour les noyer. La chanson Symphony of destruction du groupe de thrash metal Megadeth se trouvant sur l'album Countdown to Extinction fait référence à cette légende.
La légende du joueur de flûte est reprise dans le film d'animation japonais de Sailormoon de 1995 : Sailor Moon Supers The Movie (Les 9 Sailor Senshi ensembles ! Miracle dans le Black Dream Hole) de Hiroki Shibata : ce film est centré sur les enlèvements d'enfants par de mystérieux joueurs de flûte.

Résumé : le film commence avec un personnage joueur de flûte, sa musique magique est nommée "Sanji no Yosei" (le compte de trois heures). Il utilise sa flûte pour hypnotiser les enfants et les forcer à quitter leur maison pour le suivre. Chantant joyeusement, les enfants en pyjama suivent le musicien jusqu'à d'étranges vaisseaux volants et s'envolent dans le ciel. Sailormoon et ses amies devront libérer les enfants kidnappés.
La série animée "Hamelin no violin hiki" (le violoniste d'Hamelin) s'inspire très librement de la légende.


Sens du conte

Au-delà des débats historiographiques, il faut remarquer la puissance imaginale de ce conte et son impact émotionnel. Une interprétation psychanalytique peut y voir une fable dans laquelle les pulsions anales symbolisées par les rats sont dominées par la musique du joueur de flûte. Les habitants ne lui donnent pas son dû (le salaire qui, pour Freud, est une forme socialisée de l'analité). Il en résulte un châtiment : la perte de la descendance, l'abolition de la créativité et de la procréation. Faute de générosité, la ville sera sans lendemain. Cette interprétation est néanmoins très pauvre sur le plan de la psychologie, et les concepts utilisés obsolètes -
On peut voir dans cette narration un mythe relatif au fonctionnement sociétal. Au XIIIe siècle, les rats pouvaient être vecteurs de la peste et représentent donc le « Mal ». Pour s'attaquer au Mal, le pouvoir civil ne suffit pas, sa compétence étant limitée aux choses de ce monde. Il lui faut donc faire appel à un intermédiaire quelque peu sorcier, en l'occurrence un musicien. Le mythe voit dans l'art (et particulièrement la musique) un charme œuvrant dans le domaine de l'invisible et du danger. L'échange d'un charme magique contre de l'argent exprime un contrat donnant un statut social à l'artiste et créant un trait d'union, socialement reconnu, entre le monde visible (le monde de la raison, du calcul avantages/coûts...) et le monde de l'invisible. En ne respectant pas le contrat convenu les notables renient le statut social octroyé, renvoyant l'invisible à l'insignifiant. C'est négliger le pouvoir du magique dont la "réalité" dépasse celle de l'argent puisque les payeurs se voient ruinés de leurs biens les plus chers. Le joueur de flûte, médiateur ou facilitant le passage entre le monde des vivants et celui des morts, y évoque des restes de chamanisme, présent en Europe centrale occidentale via les Bardes celtes. Dans un premier temps, le "magicien" propose de retrouver une place et un rôle oublié dans la communauté. Il renvoie le "Mal" dans un autre monde et prouve ainsi sa capacité à rendre service à tous. Son statut est dénié par les notables et la population de Hamelin indifférente, qui refusent de le reconnaître et de payer en retour son action bénéfique. Il leur prouve de la pire manière qui soit qu'ils ont eu tort : ses pouvoirs sont toujours là. Les habitants de Hamelin auront plus perdu en rejetant le "magicien" qu'en lui redonnant une place. Le passage à la modernité post moyen âge a donc été coûteuse malgré tout.

Comme le Père Noël, ou autre personnage de légende très connu, le Joueur de flûte n'est pas facile à saisir. Une multitude de descriptions physiques, d'innombrables versions de son histoire et de ses actes  depuis le moyen âge. Toutefois essayons de dégager ses principales caractéristiques et tentons de comprendre pourquoi ce personnage fascine encore aujourd'hui.

Statue du joueur de flûte à Brême

 Un jeune homme bien mystérieux surgi de nulle part

 The Pied Piper, ainsi qu'on le nomme en anglais est souvent représenté sous les traits d'une homme jeune, maigre et grand dans les textes. Il est souriant parfois, mais toujours calme et plutôt froid. On le dit vêtu de vert portant une besace en bandoulière dans laquelle il range son pipeau. Robert Browning dit qu'il porte un long manteau étrange à moitié jaune à moitié rouge. Mais Prosper Mérimée, lui, le décrit comme suit : " un grand homme, basané, sec, grands yeux, bouche fendue jusqu'aux oreilles, habillé d'un pourpoint rouge, avec un chapeau pointu, de grandes culottes garnies de rubans, des bas gris et des souliers avec des rosettes couleur de feu. Il avait un petit sac de peau au côté." Une sorte de sapin de Noël sur pattes ! Sur certaines images, on le voit habillé comme un bouffon de la Commedia dell'arte ou comme un troubadour médiéval : pimpant costume rayé multicolore, chapeau et souliers pointus. Pourtant, on a du mal à imaginer ce personnage qui va se révéler impitoyable et sûr de lui déguisé en figure de carnaval. On le verrait plutôt vêtu d'un manteau à capuche sombre, comme un mystérieux sorcier de fantasy, sérieux et austère. Mais non, le Joueur de flûte est un gai luron !

 Le dératiseur sans pitié

 Comment sait-il que la ville d'Hamelin est infesté de rats ? Mystère... A-t-il simplement entendu des rumeurs ? A-t-il un pouvoir magique qui lui permet de connaître les lieux où sa science pourrait être utile à la population tout en lui rapportant de l'argent ? On ne sait pas. La seule chose certaine c'est que le musicien capable de dératiser une ville arrive un beau jour à Hamelin (un vendredi parait-il) et se met au service du bourgmestre et des bourgeois de la riche cité allemande s'engageant à les débarrasser des rats envahissants moyennant finances.

 Qu'il ait l'air d'un clown ou non, il est confiant, sûr de son pouvoir (à juste titre !), il ne doute pas de sa réussite. Personne ne semble en douter d'ailleurs puisqu'on l'engage sur le champ sans se soucier de la manière dont il va s'y prendre. Le bourgmestre est bien un peu dubitatif mais de toute façon il n'a rien à perdre, il avait déjà tout essayé pour endiguer le fléau. Est-ce l'aspect rigolo du Joueur qui lui fait penser qu'il pourra le rouler ? Ou est-il tout simplement un  politicien manipulateur incapable de tenir sa parole ?  A quoi pense donc le bourgmestre quand il refuse au Joueur de lui donner son salaire ? Certes, l'homme n'a fait que sortir un flûtiau de son sac et jouer une triste musique par toutes les rues de la ville. Pour le maire cela ne ressemble guère à un travail, lui qui doit être probablement un prospère marchand. Mais le résultat est là : grâce aux notes tirées de sa flûte (de bois noir ou de bronze), le troubadour a bel et bien entraîné les milliers de rats de Hamelin dans la rivière où ils se sont noyés. Le boulot a été fait et bien fait. Mais le Joueur ne sera pas payé pour son travail magique. Le bourgmestre devrait pourtant se méfier d'un homme inconnu capable d'entortiller des êtres vivants par des sons hypnotiques et de les soumettre à sa volonté !

 Le Joueur de flûte est-il un méchant ? Il a la colère froide et calculée. Il ne s'énerve pas contre le mauvais payeur, il ne revendique pas, il ne crie pas, il décide simplement de se venger du tort qui lui a été fait par les moyens dont il dispose : son pipeau. Et cette fois ce sont les gamins de la ville qu'il va embarquer dans un voyage aller simple vers l'inconnu. Dans la version du conte de Mérimée, on voit clairement que le Joueur se venge parce qu'il a été humilié, injurié et moqué par les bourgeois de la ville et par les enfants qui l'ont chassé comme un chien errant après qu'il les ait aidés. Selon certaine version de l'histoire, il aurait même été chassé à coup de pierre et ne serait revenu que plusieurs semaines plus tard pour se venger. Dans une autre version, il est simplement renvoyé sans injures, ni moqueries. Quoiqu'il en soit le résultat est exactement le même : on ne lui a pas donné le prix convenu pour son travail, il se venge de la ville par le biais de ses enfants qu'il kidnappe sans demande de rançon et qu'il fait disparaître de la circulation en douceur. Qu'il ait des bonnes raisons d'être furieux, on le comprend aisément, toutefois le châtiment parait bien cruel pour une histoire de salaire non versé. Le magicien étranger n'a pas le pardon facile. 

 Mais peut-être que ses motivations sont tout autres : il n'est pas venu parce qu'il est serviable, ni parce qu'il veut sa part du gâteau de la prospère cité d'Hamelin. Il serait venu parce que c'est un justicier. Il savait que cette ville pourrie par l'argent et la cupidité devait être punie. Le Joueur de flûte est-il le bras armé d'une justice divine ?

 Il semblerait en tout cas que quelques enfants aient échappé  au massacre : un aveugle, un sourd-muet, un boiteux qui ne purent raconter ce qu'il s'était passé... Cela laisse à réflechir...

Affiche pfiff 081

 Héros d'un conte qui a traversé les siècles

 A l'instar de nombreux personnages de contes traditionnels très anciens, Le joueur de flûte de Hamelin  n'a pas vraiment d'origine connue, ni d'inventeur officiel. Le Rattenfänger (l'attrapeur de rats) est un personnage issu de légendes allemandes qui trouvent leur origine dans un événement qui aurait eu lieu en 1284 à Hamelin (Hameln, située en Basse-Saxe) : une centaine d'enfants aurait disparu de la ville mystérieusement.

Accident ? Départ volontaire pour la croisade ? Victimes de la peste ? Il semblerait plutôt que le Joueur personnifie un agent recruteur venu chercher des enfants et des jeunes pour peupler les terres peu habitées de l'Empire, à l'est. Ainsi, il les aurait emmenés pour qu'ils deviennent des colons, pas forcément par la contrainte mais plutôt par la séduction. Les enfants d'Hamelin auraient ainsi simplement émigré... 

 Mais cela semble avoir été un très triste événement pour les habitants de la ville au point qu'ils en firent une légende plutôt sinistre se terminant par la disparition tragique des enfants (morts eux aussi dans une rivière ou enfermés dans une grotte ou perdus) et qu'ils commémorèrent cette aventure en installant dans leur église un vitrail montrant  le Joueur dans son costume coloré entouré d'enfants vêtus de blanc comme des angelots (vitrail qui n'existe plus aujourd'hui).

 La légende du Joueur de flûte a inspiré bien des auteurs : Goethe, les frères Grimm bien sûr dans Légendes allemandes en 1816, Prosper Mérimée dans Chronique du règne de Charles IX en 1829, Robert Browning dans son poème The Pied Piper of Hamelin en 1849 et bien d'autres encore jusqu'à nos jours. 

Le conte

C’est une histoire fort étonnante que je vais vous conter.

Elle s’est passée dans la ville de Hamelin, au Moyen-âge, à l’époque où les villes étaient entourées de remparts solides, avec des tours rondes, bien hautes qui protégeaient les habitants des brigands et des soldats qui venaient rôder, piller régulièrement.

Au milieu de cette bonne ville de Hamelin passait le fleuve Weser. Un beau pont permettait aux gens et aux animaux de le traverser. Une superbe cathédrale gothique qui venait d’être construite, se dressait sur la place . Ses travaux avaient duré deux cents ans et les bourgeois de la ville en étaient fiers. Ils admiraient les tours très fines qui s’élevaient vers le ciel ainsi que toutes les statues de saints qui les observaient de tout là-haut !

Partout de belles maisons rendaient la ville bien agréable.

Il faut que vous sachiez que dans la ville de Hamelin, les bourgeois étaient très riches et passaient leur temps à profiter des plaisirs de la vie, surtout les plaisirs de la table. Ils adoraient passer leur temps à manger, à boire et à s’amuser. Ils étaient tous bien gros et gras.

Chaque dimanche, le curé reprochait aux paroissiens de trop s’amuser, d’être si gourmands. Il leur demandait de penser aux habitants des environs qui n’avaient pas assez à manger et les menaçait d’être punis à leur mort. Sans compter, leur disait-il que vous êtes bien laids avec vos ventres tout ronds. Mais il avait beau menacer, s’égosiller, rien n’y faisait. L’odeur de la bonne cuisine passait au-dessus des remparts et se répandait à des lieues à la ronde. Jusqu’au jour où ……

Cela arriva la veille de Noël 1283.

Ce soir-là, Frédéric Krobs était de garde tout en haut du donjon de Hamelin.

Jamais il n’avait vécu une garde aussi difficile car il faisait un froid glacial. Des millions d’étoiles brillaient dans le ciel pur et l’idée d’aller bientôt faire un plantureux repas de fête, l’odeur des rôtis de chevreuils, de sangliers qui flottait dans l’air n’arrivait pas à réjouir le vieux Krobs qui grelottait, frappait des pieds pour se réchauffer.

Il avait décidé qu’il ne s’endormirait pas ce soir car il aurait gelé sur place en quelques instants.

Soudain, alors qu’il se penchait un peu au-dessus d’un créneau, il demeura immobile, stupéfait….

Seigneur, qu’est-ce donc que ce long serpent qui avance dans la nuit ?

Est-ce le froid qui me fait halluciner ?

Mais non, cela rampe bien, rampe lentement vers les portes de la ville. Le vieux Krobs se secoua un peu encore pour s’assurer qu’il ne rêvait pas, se pencha à nouveau au-dessus du mur pour vérifier si ce phénomène étrange se poursuivait.

 Ce n’était pas une armée ennemie qui s’approchait de la ville, ni des brigands. Ce n’était pas non plus une meute de loups. C’étaient des rats, des milliers de rats, que dis-je, des millions de gros rats noirs et velus qui s’approchaient rapidement de la ville. Les voilà qui traversent déjà les fossés, grimpent le long des hauts murs d’enceinte et se glissent dans les rues étroites de Hamelin.

Le vieux Krobs se précipita pour sonner le tocsin. Toute la ville fut très vite dans les rues et sur la grande place…. Au milieu des rats qui continuaient à envahir les maisons, passant sous les portes, escaladant les murs, longeant les gouttières avant de se glisser dans les cheminées encore fumantes des flambées de Noël.

Dans les rues, c’était l’affolement.

Les bourgeois attrapaient tout ce qu’ils trouvaient pour frapper cette marée noire. Ils tapaient à coups de chaises, embrochaient des rats avec des fourchettes. Les dames, elles, montaient sur les tables et hurlaient tant les rats leur inspiraient de la terreur.

Ces petites bêtes continuaient à entrer dans les maisons et se mirent à terminer le festin commencé par les habitants de Hamelin. Tout ce qu’ils trouvaient sur leur passage disparaissait vite au fond de leurs estomacs : les soupes, les andouilles aux confitures, les pâtés d’anguilles, les dindes aux truffes et aux marrons, les brioches dorées, les cochons de lait aux amande. De tous ces délicieux mets, il ne resta bientôt rien sur les tables des maisons.

Vous vous doutez bien que cette nuit-là, personne ne trouva le sommeil. Le lendemain matin, au lever du jour, les gens se retrouvèrent dans les rues. Mais les rats étaient encore là. Sous les lits, dans les armoires, sur les rebords des fenêtres, sur le pas des portes, dans les caniveaux, dans les bottes et sabots, sous les bonnets de nuit posés sur des chaises, dans les tiroirs, …. Partout des dizaines de rats digéraient lourdement leur réveillon de la veille.

Le maire de la ville et ses adjoints se rassemblèrent à la mairie pour étudier la situation. Chacun donna son avis. L’un proposa de poser à travers la ville des pièges géants, un autre voulut parsemer la ville de poudre de mort aux rats. D’autres proposèrent de les enfumer.

Il fut décidé que, pour se débarrasser au plus vite de ces immondes créatures, on emploierait tous les moyens à la fois. Et toute la ville se mit au travail.

On prit bien quelques centaines de rats, mais sur le nombre, ça ne se voyait pas. Ils avalèrent le poison comme si c’était de la confiture, se réchauffèrent aux feux qui étaient prévus pour les brûler, se glissaient dans les souricières pour y jouer et en ressortir sans souci.

Ces rats diaboliques recommencèrent à crier famine et se mirent à fureter dans tous les coins à la recherche de victuailles. Toutes les caves, celliers, buffets reçurent leur visite. Au bout de quelques jours, quand ils ne trouvèrent plus rien, ils s’attaquèrent au reste. Les chaussures furent pour eux un délice ainsi que les ceintures, les harnais, tout les objets en cuir. Puis ils passèrent aux édredons, aux boutons de culotte, aux pieds des meubles, aux bougies qui servaient à s’éclairer, et même aux livres précieux rangés sur les rayons de la bibliothèque du couvent.

Une terrible désolation régnait dans tous les quartiers de la ville.

Jusqu’au matin du troisième jour.

On raconte qu’il arriva par la Porte-Neuve, juste quand la garde venait de l’ouvrir. C’était un grand homme maigre, avec de longs cheveux plats, noirs comme de l’ébène, coiffé d’un chapeau vert. Il portait un sac en bandoulière et demanda, à peine entré dans la ville, à voir le maire. Ce dernier, d’une humeur massacrante, le reçut fort mal.

- Que veux-tu, vagabond ? Nous avons bien des soucis et n’avons pas de temps à perdre !

- L’on m’a dit qu’il y avait cinquante florins à gagner pour qui débarrasserait la ville de tous ces rats.

- C’est vrai ! …. Parle ! - Cinquante florins d’or ? - D’or ! … Parle !

- Vous pouvez préparer le sac !

- Quoi ! …. Tu … !

Mais l’homme n’écoutait plus. On le vit descendre lentement l’escalier, se diriger vers la grande place et, là, sortir de sa gibecière une flûte toute simple de bois noir. Il commença en en jouer et ….. Les maigres doigts du Joueur se promenèrent sur son instrument. Il en tira des sons étranges, si aigus que c’était à grincer des dents. Les habitants de Hamelin se bouchaient les oreilles mais ils ouvrirent des grands yeux car, au premier son de la flûte, les rats qui se prélassaient au doux soleil de décembre se mirent à rejoindre l’étranger. De partout, les rats arrivaient sur la place et se joignaient au cortège. Il y eut une réelle cohue. Ils voulaient tous approcher le Joueur de si près qu’ils se marchèrent les uns sur les autres.

Alors l’homme se mit en marche, avançant lentement sans jamais se retourner. Il se dirigea vers le fleuve, passa sur le pont et s’arrêta en son milieu. Sa mélodie venait de changer. Les sons qu’il en tirait étaient déchirants, surnaturels. Et, comme frappés de folie, les rats les uns après les autres passèrent sur les rambardes du pont et se précipitèrent dans les eaux froides du fleuve.

Cela dura pendant de longs moments tant les rats étaient nombreux et pas un n’échappa à la magie du Joueur. Tous se jetèrent dans le fleuve et disparurent à tout jamais. Il n’y avait plus un seul rat dans tout Hamelin.

Le Joueur s’en retourna en ville et alla à la Mairie pour recevoir l’argent promis.

PARFAITEMENT … dit le Maire Hans von Krakenfield au Joueur de Flûte, tu viens chercher ton argent …. Tiens ! …. Voilà …. Tes cinquante kreuzers … -

Kreuzers ! … Pardon Maître ! Vous voulez dire florins ! - ….

Kreuzers ! - Florins ! - …. Kreuzers ! Crois-tu que nous allons te donner cinquante florins d’or pour un tel travail ? Allons, prends tes kreuzers et va t’en à tous les diables !

- Ah, c’est ainsi ! 

Et sans rien ajouter, il tourna le dos au Maire et sortit de la ville.

Toute la journée qui suivit, on remplit plusieurs charrettes de victuailles dans les villes voisines pour faire un banquet sans pareil toute la nuit.

Notre histoire pourrait s’arrêter là.

Mais ce serait sans compter que le dimanche suivant était le Jour de l’An, premier janvier 1284. Un soleil magnifique éclairait la campagne enneigée. Dans les rues, les gens bavardaient, riaient, se promenaient et parlaient des aventures passées ayant oublié toutes les peurs qu’ils avaient eues.

Au moment où personne ne s’y attendait, voilà que le grand homme maigre apparaît à l’extrémité de la Grande place là où tout le monde était rassemblé. Tous les habitants le reconnurent. Ils remarquèrent tout de suite que seul son chapeau avait changé. Il avait sur la tête un chapeau rouge. Le joueur ne prêta aucune attention à la foule et avança. Il fit quelques pas dans une petite rue et sortit sa flûte, couleur d’ébène. Il se mit à en jouer mais sa mélodie était cette fois merveilleusement douce et si joyeuse que…

Les petits enfants de la ville sortirent de chez eux et entourèrent le Joueur de Flûte. Ils se mirent à tourner autour de lui, à danser et à suivre le musicien qui s’était mis en marche. Lentement, jouant ses mélodies entraînantes, il se dirigea hors des portes de la vile, partit sur un chemin en direction de la montagne. Les parents qui voyaient leurs enfants le suivre sans se retourner, se mirent à crier

Hans .. Gerda …. Ursula …. Kasper …. Mais les enfants continuèrent à avancer tout en tournoyant autour du Joueur qui ne cessait de souffler dans sa flûte.

Enfin, il entra dans une caverne de la montagne et tous les enfants l’y suivirent. Depuis ce jour, on ne les vit plus jamais.

Voilà une bien étrange histoire qui s’achève.

Vous souvenez-vous des menaces proférées par le curé de Hamelin ? Il avait prévenu les habitants qu’ils devaient être plus sérieux et ne pas penser qu’à bien manger et à s’amuser. Il ne pensait peut-être pas qu’en plus ils allaient se montrer aussi peu reconnaissants envers cet homme qui les avait débarrassés de ces milliers de rats.

Et les voilà qui reçurent la pire des punitions. Plus aucun enfant n’allait égayer leur vie et plus aucun rire n’allait résonner dans leur ville à jamais silencieuse.

Source : Wikipédia

 

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Date de dernière mise à jour : 05/02/2014

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